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NON-PROFIT LINE

God sleeps in the rock (Sufi proverb) 

The absence of change or a frantic pace of life on a desert island forces the tourist-traveller to discipline his or her body to the absence of psysical activity and constant social wandering. 

The idle body experiences this break as an opportunity for spiritual awakening. 

The exhibition ‘‘Non-profit line’’ reflects upon the idea of redesigning everyday life with a view to moving away from excessive tension and man’s obsession with productive action and towards a sluggish, slow-removing perceptiveness. 

The works in the exhibition call for relaxation, immobility, pause. They initiate viewers into the process of pleasure. They hint at the pressing need for man’s return to the pursuit of serenity, love and beauty. These are sensations which our contemporary culture scorns with childish naivite. 

Sculptures-receptables, forms which receive the immobile body, pebbles and sea masses made of plastic make up a wholly artificial ritualistic setting that resembles the illusionary distortion of a sacred island. By replicating their original models, the works make up an inverse surrealistic world in which the real and the non-real appear equally superlative and unified into a single, tangible conceptual form. 

Using the human body as a point of reference, the work’s morphology results from the abstract, calligraphic filling of the space which surrounds the void. The works are true to a rigorous somatomery as the bulky, faithful pictograms of man’s immobile posture render in space the visual impresion of the unmoving body and remind you of ideograms in three dimensions. 

The sculptures emerge in the space as rock seats, as body receptables, as implements for concentration, as mechanisms for spiritual workout which act upon the human body by exercising it and toning up its spirit. The viewer is trained in a three-dimensional environment that simulates an unreal landscape consisting of seaside games, of transcendental beach toys. He can perform some lazy routines, each of which activates a therapeutic sound: the waves of the sea, the sound of footsteps on the pebbles, an eerie vibrant melody. 

The black-figure drawings act in the space as manuals for spiritual exercise. These “inscriptions” initially look like ancient greek compositions carved on marble slabs or votive offerings. Made of resin they actually depict illustrated instructions on various techniques of Thai healing massage. The attempted fusion of an image from oriental meditation practices and an ancient Greek rendering confuses the viewer who cannot tell whether this is an allusion to the archaeological past of Greek islands, a humorous metaphor on the term ‘‘Greek meditation’’, a singular monument of human activity on an unexplored island. 

The works receive man not as a viewer but an actor, a participant in a peculiar physical experience. The subjective experience of the rock’s embrace and the spontaneous emotional outburst of the viewer who is first initiated to this union are structural elements of the exhibition. Man experiences a petrified corporeality, becomes a rock himself.

 

polyurethane, epoxy resin, marble chips, copper, pvc pipe, fishing rod, rope, reed stick, tube, digital prints 

 

curated by Maria Marangou/Dimitri Konstantinidis 

Hall des Chars (Friche Laiterie), Strasbourg, France 2012 

curated by Maria Marangou 

Museum of Contemporary Art of Crete, Rethymnon, Greece, 2012 

/Non-profit line/ zina athanassiadou gallery, Thessaloniki, Greece, 2012 (solo exhibition)

 

Further texts

Giorgos Gyparakis ou l’idée d’un Sculpteur-poète


Le hall des chars abrite les oeuvres de Nikos Alexiou, Pavlos Fysakis et de Giorgos Gyparakis du
23 octobre au 9 novembre 2012. Ces trois artistes, tous originaires de Réthymno ont étés invités
par Apollonia, (« structure autonome dont le fonctionnement repose sur une coopération étroite
avec d’autres partenaires européens, intra et extra-communautaires »1), dans le cadre du projet
e-cité.


Au titre de l’exposition « cosmographie », on pense d’emblée au sens propre qu’est l’astronomie
de position, géométrique et descriptive. Pourtant ce terme peut prendre un sens plus réaliste,
et notamment celui d’échanges d’expériences. Il semblerait que cette idée d’échanges
d’expériences soit la plus précise pour parler des volumes sensibles de Giorgos Gyparakis2.
Comment ne pas se laisser emporter par les installations de Giorgos Gyparakis ? Il nous mène
hors de ce monde clos qui d’ordinaire nous entoure, pour aller directement vers un univers
poétique, utopique, sensible et zen.
Par la poésie de ses volumes, l’artiste se place contre la société de consommation et contre
l’aliénation de l’individu. Idée qu’il cherche délibérément à abandonner au profit d’un monde plus
serein, à l’écoute de soi et des autres.
Dans cette recherche d’une cohésion entre le corps et l’esprit.

Giorgos Gyparakis nous plonge
dans des installations qui reprennent la morphologie humaine.
Il nous présente “The Island”, une île perdue, sans commerce, sans argent et dont la forme rappelle
Bouddha assis.
Il met en place différents environnements, comme le” Fisherman’s pleasure”, pour palier à
l’ennui qui risque de sévir dans cette île. La résine en faux granite est son matériau favoris, matériau
sur lequel semble encore perler quelques gouttes de pluies. Cette brillance de la résine
rappelle l’eau de la mer. Mais que serait cette impression sans le bruit de celle ci ? Chacune des
installations propose un son, un bruit, un phénomène.
Ce son varie et se transforme en fonction de la personne qui l’actionne. Les oeuvres sont alors
uniques, authentiques. Dans ce siège dans lequel on s’assoit, il faut faire basculer la canne à
pêche pour avoir l’impression que les vagues refoulent sur les rochers.
Un autre dispositif fait mine de balancier. Une fois encore, c’est notre corps qui permet de
l’actionner. On se penche de chaque côté, à notre rythme. Sous ce balancier sont disposés des
cousins d’air, desquels sortent des sons.


Là encore, Giorgos Gyparakis accroit nos sens et notre plaisir. Quasiment tous nos sens sont
en éveils. La main touche, l’oeil regarde, l’oreille écoute, le corps entier est happé dans l’oeuvre.
C’est à la fois le dispositif mais également l’expérience qui font oeuvre.
Il nous présente un paysage de sculptures musicales animé par le corps. Ces « instruments »
qui obéissent à de très légères sollicitations, amène le visiteur vers cette expérience.
Le spectateur devient alors le sujet et l’acteur d’une performance.

Giorgos Gyparakis est un Sculpteur-poète. Le sculpteur façonne un matériau tandis que le poète
parle à l’imagination et à la sensibilité. Giorgos Gyparakis combine ces deux talents. Il a l’art de
suggérer les sensations, les émotions les plus vives par l’union intense des sons, comme s’il
s’agissait de vers.
Le « ne pas toucher » d’ordinaire associé au musée est mis à mal. L’artiste invite très clairement
le spectateur à profiter de ses oeuvres, et à les manipuler. Le concept est tel, que l’on sort
de l’institution muséale qui empêche l’expérience sensitive, et surtout tactile des oeuvres. La
légitimation de l’oeuvre ne se fait alors plus uniquement par le regard avertis du spectateur dans
l’enceinte du musée, mais bien par son appréhension directe. Pour conclure, il convient de dire
que Giorgos Gyparakis est ce poète-sculpteur qui propose des volumes sensibles prêt à être
appréciés à la fois par l’esprit mais également par le corps entier.

Anaïs Roesz

Ηistorien de l’art

 

Un retour à la nature
De massives sculptures de pierre jalonnent l’exposition Cosmographies, et attisent la curiosité.
On s’en approche, on les scrute. Des blocs de pierre brute, taillés de manière si subtile qu’ils
semblent avoir subi l’érosion. Leur forme organique leur confère un aspect ancestral, primitif.
Ils paraissent avoir toujours existé, arrachés à un paysage minéral lointain.
L’ensemble de courbes qui les compose est d’une extrême douceur, aucune aspérité, la pierre
si lisse appelle au toucher. Les sculptures prennent alors une dimension tactile, la roche à la
fois imposante et gracieuse, comme polie par les millénaires, semble s’offrir à nous pour une
caresse et nous inviter à un voyage dans le temps et dans l’espace.
Un retour à la nature, une nature primaire et apaisante. Un aspect brillant serti la pierre, lui conférant
un aspect marin et précieux. L’artiste y a ajouté des éléments, un cor, une canne à pêche,
des sacs d’air ou un bâton de pèlerin, qui nous rappellent la contemporanéité de ces pierres et
leur statut d’oeuvre. Et on ne touche pas à une oeuvre d’art.
La prise de connaissance de la démarche de l’artiste, Gyparakis, va complètement modifier nos
premières idées concernant ces sculptures. Une contre-visite s’impose. Ainsi, ces monuments
d’un autre âge seraient en fait les passe-temps des habitants d’une île utopique, imaginée par
l’artiste. Il en crée la forme, la topographie et la place dans la Méditerranée. Ses habitants ne
manqueront jamais de rien, tout y sera à leur portée.
Mais dans une société où aucune compétition ni système financier n’existent, l’ennui peut vite
pointer le bout de son nez. Gyparakis invente donc des routines. Ces sculptures sont destinées
à divertir et apaiser, chacune avec sa propre fonction et son mode d’emploi. Elles prennent à
présent sens. Mobiles, touchables, façonnés de résine, ces blocs de pierre qui semblaient si
lourds sont en fait légers, à même d’être soulever, déplacer, utiliser. Nous nous plaçons au
creux de la matière, blottis entre deux protubérances épousant les formes du corps comme
pour ne faire qu’un avec son utilisateur. Nous embrassons la sculpture afin d’être au plus près
de ses mystères.
Nous y collons notre oreille, notre visage, afin d’entendre le murmure magique de l’oeuvre d’art.
Le calme son du ressac de la mer, l’apaisant mouvement de balancier et la douceur de la résine,
toutes les sensations produites par ses sculptures visent à amener à la détente, à la réflexion,
puis à la méditation. Mais l’engouement du spectateur pour ces « oeuvres-loisirs » est tel que
la phase méditative est souvent remplacée par l’excitation de découvrir un fonctionnement et
de manoeuvrer de l’art. Enfin la permission de toucher nous est accordée, et elle va au-delà,
puisqu’il s’agit de jouer avec l’oeuvre.
La sculpture comme divertissement, elle nous transforme en grands enfants, avec cet empressement
de savoir, de connaître, d’essayer, d’actionner. La succession des « Routines » se métamorphose
en un parcours initiatique associé à un parcours de santé, le spectateur découvrant
avec amusement ce que certains pourrait considérer comme de la désacralisation de l’art.


Lucie Tornicelli,
Ηistorien de l’art